
L’adoption massive des standards Bâtiment Basse Consommation transforme radicalement l’approche du chauffage dans les immeubles de bureaux. Cette évolution réglementaire, initiée par le Grenelle de l’Environnement et renforcée par la RE 2020, pose une question fondamentale aux gestionnaires d’espaces tertiaires : le gaz naturel conserve-t-il sa pertinence dans un contexte où les exigences énergétiques deviennent de plus en plus strictes ? Les bureaux BBC, avec leurs seuils de consommation drastiquement réduits, remettent en cause les systèmes traditionnels et imposent une réflexion approfondie sur l’efficacité des solutions de chauffage. Cette problématique concerne directement 58% des surfaces tertiaires françaises qui devront être mises aux normes d’ici 2030, selon les dernières projections du ministère de la Transition écologique.
Normes BBC et exigences thermiques pour les bâtiments tertiaires
Les standards BBC pour le secteur tertiaire s’appuient sur un référentiel technique précis qui redéfinit les seuils acceptables de consommation énergétique. Contrairement au résidentiel, les bureaux doivent répondre à des critères spécifiques tenant compte de leur utilisation intensive et de leurs besoins particuliers en éclairage et climatisation.
Seuils de consommation énergétique primaire selon la RT 2012
La RT 2012 établit pour les bureaux BBC un seuil de consommation énergétique primaire de 50 kWhep/m²/an, modulé selon les zones climatiques. Cette valeur englobe le chauffage, la climatisation, l’éclairage, l’eau chaude sanitaire et les auxiliaires. Pour les bâtiments tertiaires, ce seuil peut être majoré jusqu’à 70 kWhep/m²/an en fonction de la typologie et de l’usage spécifique. Les bureaux situés en zone H1 bénéficient d’un coefficient multiplicateur de 1,3, portant le seuil à 65 kWhep/m²/an pour tenir compte des conditions climatiques plus rigoureuses.
L’analyse des consommations réelles révèle que les bureaux BBC atteignent en moyenne 45 kWhep/m²/an, soit 10% en dessous du seuil réglementaire. Cette performance s’explique par l’optimisation des systèmes de chauffage et l’amélioration significative de l’enveloppe thermique. Les bâtiments les plus performants descendent même à 35 kWhep/m²/an, approchant les standards passifs.
Coefficients d’étanchéité à l’air bbio et cep dans les bureaux
Le coefficient Bbio (Besoin bioclimatique) constitue l’indicateur fondamental de la performance thermique des bureaux BBC. Il mesure l’efficacité de la conception architecturale indépendamment des systèmes énergétiques. Pour les bureaux, le Bbio maximal autorisé varie entre 60 et 80 points selon la zone climatique et l’altitude. Les bâtiments les plus performants atteignent un Bbio de 45 points, démontrant l’excellence de leur conception bioclimatique.
L’étanchéité à l’air, mesurée sous 4 Pascals, ne doit pas excéder 1,7 m³/h/m² de parois déperditives pour les bureaux BBC. Cette exigence, plus stricte que pour le résidentiel, s’explique par la complexité des installations techniques et la multiplicité des percements. Les tests d’infiltrométrie révèl
ent que la majorité des infiltrations proviennent des liaisons façades/planchers et des traversées de gaines techniques. Le coefficient Cep (Consommation d’énergie primaire) vient ensuite traduire l’impact des systèmes de chauffage, de ventilation et d’éclairage sur la performance globale. Pour viser un bureau BBC performant, il est courant de cibler un Cep inférieur de 10 à 15 % au Cep max réglementaire, ce qui laisse une marge de sécurité pour les usages réels souvent plus intensifs que les calculs théoriques.
Dans la pratique, cela signifie que le choix d’un système de chauffage au gaz naturel ne peut être dissocié de la qualité de l’enveloppe et de la ventilation. Un même générateur gaz condensant ne donnera pas du tout les mêmes résultats dans un immeuble bien isolé et étanche que dans un bâtiment ancien très perméable. Pour rester compatible avec un profil de bureaux BBC, la chaîne complète – isolation, étanchéité, régulation et production – doit être optimisée de manière cohérente.
Zones climatiques H1, H2, H3 et leurs impacts sur les performances BBC
Les exigences BBC pour les bureaux varient sensiblement selon la zone climatique définie par la réglementation : H1 (Nord et Est de la France), H2 (Centre et façade atlantique) et H3 (Sud et littoral méditerranéen). Ces zones déterminent non seulement les coefficients de modulation du Cep max, mais aussi les stratégies à privilégier en matière de chauffage au gaz naturel. En zone H1, la priorité reste la maîtrise des déperditions et la performance du système de chauffage sur de longues périodes de chauffe.
En zone H2, l’enjeu se déplace progressivement vers l’équilibre entre chauffage hivernal modéré et confort d’été, avec une attention particulière portée à l’inertie du bâtiment et à la protection solaire. Les bureaux BBC en zone H3, quant à eux, consomment très peu pour le chauffage, mais doivent gérer un refroidissement important, ce qui change la donne pour les systèmes gaz, historiquement centrés sur la fourniture de chaleur. Cela explique pourquoi les solutions hybrides gaz/pompe à chaleur et les systèmes de cogénération trouvent davantage leur place dans les climats H2 et H3, où la polyvalence et la production d’électricité locale deviennent des atouts.
Pour un gestionnaire immobilier, la zone climatique influence directement la pertinence du chauffage au gaz naturel dans un projet de bureaux BBC. En H1, une chaufferie gaz à condensation très bien dimensionnée, couplée à une régulation fine, reste souvent une solution robuste et compétitive. En H2 et H3, il devient pertinent d’étudier des combinaisons avec des pompes à chaleur ou des systèmes de free-cooling, afin de rester sous les seuils de consommation tout en maîtrisant les émissions de CO2.
Certifications EFFINERGIE et HQE pour les immeubles de bureaux
Au-delà des obligations réglementaires, de nombreux propriétaires visent des labels complémentaires comme BBC Effinergie Rénovation ou HQE pour leurs immeubles de bureaux. Ces certifications introduisent des critères additionnels, notamment en matière d’émissions de gaz à effet de serre et de confort d’usage, qui viennent resserrer encore les marges de manœuvre pour le choix du chauffage. Pour le label BBC Effinergie Rénovation tertiaire, par exemple, les émissions de CO2 liées au Cep doivent rester ≤ 10 kgCO2eq/m²/an, ce qui impose de limiter fortement la part d’énergies fossiles dans le mix énergétique.
Les solutions gaz naturel ne sont cependant pas exclues d’office. Elles peuvent rester compatibles si elles s’inscrivent dans un bouquet de travaux performant : isolation renforcée, ventilation efficace, éclairage LED, pilotage intelligent des consommations, voire recours à du biogaz via un contrat de fourniture gaz vert. Dans le cadre HQE, la dimension globale de qualité environnementale (gestion de l’eau, acoustique, qualité de l’air intérieur) valorise également les systèmes de chauffage gaz bien régulés, peu bruyants et faciles à entretenir, notamment dans les petits et moyens ensembles tertiaires.
En pratique, vous pouvez conserver ou installer du chauffage au gaz naturel dans un projet de bureaux BBC ou HQE à condition de respecter deux principes : limiter la puissance et la part de couverture assurées par le gaz, et privilégier des générateurs à très haute performance (chaudières à condensation, hybrides, cogénération). Le recours progressif au gaz vert permet en outre de réduire l’empreinte carbone attribuée au bâtiment dans les calculs de certification, et donc de sécuriser l’obtention des labels les plus exigeants.
Performances énergétiques des systèmes de chauffage au gaz naturel
Une fois le cadre réglementaire posé, la question centrale devient celle de la performance réelle des systèmes de chauffage au gaz naturel dans des bureaux BBC. Les technologies ont considérablement évolué ces dernières années : chaudières à condensation à très haut rendement, micro-cogénération, pompes à chaleur hybrides gaz… L’image du chauffage gaz “classique” est désormais dépassée. Mais ces équipements sont-ils suffisamment performants pour rester compétitifs face aux solutions tout-électrique ou 100% ENR ?
Chaudières à condensation viessmann vitodens et rendement saisonnier ETAS
Les gammes de chaudières gaz à condensation comme les Viessmann Vitodens affichent aujourd’hui des rendements saisonniers ηs (ETAS) supérieurs à 92–94 %, ce qui correspond à des rendements PCI proches ou supérieurs à 109 %. Concrètement, cela signifie qu’une grande partie de la chaleur contenue dans les fumées est récupérée grâce au fonctionnement en basse température sur les retours d’eau. Dans un immeuble de bureaux BBC, où les besoins de chauffage sont modérés et les émetteurs souvent dimensionnés pour fonctionner à 50/30 °C ou 60/40 °C, ces chaudières sont dans leur zone de fonctionnement optimale.
Pour un gestionnaire, l’enjeu est de s’assurer que la chaudière ne tourne pas en cycles courts, ce qui dégraderait fortement le rendement saisonnier. Cela implique un dimensionnement précis de la puissance, souvent inférieur à ce qui se pratiquait traditionnellement, et l’installation de ballons tampons si nécessaire. La modulation de puissance étendue des Vitodens (par exemple de 1:10) permet de suivre finement les variations de charge dans des bureaux très bien isolés, sans surconsommation. Sur un cycle annuel, on observe ainsi des consommations de gaz inférieures de 20 à 30 % par rapport à d’anciennes chaudières basse température.
Dans le cadre des bureaux BBC, la combinaison “chaudière à condensation + régulation climatique + sonde d’ambiance” reste l’une des solutions gaz les plus simples et les plus efficaces. Elle permet de respecter les seuils de consommation tout en conservant une grande souplesse d’exploitation. La clé réside dans la qualité de l’étude thermique en amont et dans la programmation des courbes de chauffe, qui doivent être adaptées aux horaires d’occupation réels des bureaux.
Systèmes de cogénération gaz micro-CHP pour bureaux tertiaires
Les systèmes de micro-cogénération gaz, ou micro-CHP (Combined Heat and Power), produisent simultanément de la chaleur et de l’électricité à partir du gaz naturel. Dans un immeuble de bureaux, cette approche peut être particulièrement intéressante, car elle permet de valoriser au maximum l’énergie primaire consommée. Le rendement global (chaleur + électricité) peut ainsi dépasser 90 %, avec une forte réduction de la consommation d’électricité réseau, plus carbonée et plus coûteuse.
Pour que la micro-cogénération soit compatible avec un profil BBC, il est crucial que le taux d’autoconsommation de l’électricité produite soit élevé. Plus les bureaux ont des besoins constants en électricité (informatique, éclairage, ventilation), plus la cogénération devient pertinente. On peut comparer ce système à une “chaudière intelligente” qui, au lieu de se contenter de produire de la chaleur, fournit aussi une partie de l’énergie électrique du bâtiment, réduisant ainsi le Cep global.
En France, plusieurs solutions de micro-CHP gaz sont adaptées aux petites et moyennes surfaces tertiaires. Elles s’intègrent généralement dans une chaufferie gaz existante ou neuve, en complément d’une chaudière à condensation qui assure les pointes de puissance. Cette architecture “en cascade” permet de faire fonctionner la cogénération sur des plages longues et stables, améliorant son rendement global. Pour vous, exploitant ou maître d’ouvrage, c’est une manière de conserver le gaz naturel comme énergie principale tout en répondant aux objectifs de performance et de décarbonation.
Pompes à chaleur hybrides gaz de dietrich hybrid universal
Les pompes à chaleur hybrides gaz, comme la De Dietrich Hybrid Universal, combinent une PAC électrique et une chaudière gaz à condensation dans une même solution. L’intelligence de ces systèmes réside dans leur capacité à choisir en temps réel l’énergie la plus performante et la plus économique selon la température extérieure, le prix des énergies et le niveau de charge. Pour des bureaux BBC, cette approche “multi-énergies optimisée” répond parfaitement à la logique de sobriété et de flexibilité imposée par la RE 2020.
En période de mi-saison, la pompe à chaleur assure la quasi-totalité du chauffage avec un coefficient de performance (COP) élevé, limitant fortement la consommation de gaz naturel. Lors des épisodes de grand froid ou en cas de besoin de pointe, la chaudière gaz prend le relais pour garantir le confort sans surdimensionner la PAC. C’est un peu comme disposer d’une “boîte à outils énergétique” capable de s’adapter en permanence au meilleur compromis entre performance, coût et empreinte carbone.
Dans la perspective du label BBC Rénovation résidentiel 2024 ou du label tertiaire Effinergie, les systèmes hybrides gaz sont clairement identifiés comme une voie d’optimisation : la part de gaz peut être limitée à moins de 30 % des besoins de chauffage, tout en conservant la sécurité d’approvisionnement et la réactivité du système. Si vous disposez déjà d’un réseau de chauffage à eau chaude et d’une chaufferie gaz, l’hybridation peut d’ailleurs être mise en œuvre en rénovation avec un impact limité sur l’exploitation quotidienne.
Régulation thermique par sondes siemens QAX et optimisation BBC
Quel que soit le système de chauffage gaz retenu, la régulation joue un rôle déterminant dans l’atteinte des performances BBC. Des dispositifs comme les sondes d’ambiance communicantes Siemens QAX, associées à une régulation climatique et à des actionneurs sur les vannes, permettent de piloter finement la température dans chaque zone de bureaux. L’objectif est simple : fournir la bonne quantité de chaleur au bon endroit et au bon moment, ni plus ni moins.
Grâce à la communication entre les sondes, les régulateurs et la chaudière, il devient possible de programmer des abaissements nocturnes, des réduits en période d’inoccupation, ou encore d’anticiper la montée en température avant l’arrivée des occupants. On peut comparer ce système à un “chef d’orchestre” qui coordonne l’ensemble des émetteurs pour éviter les surchauffes et les gaspillages. Dans des bureaux très bien isolés, où la moindre surconsommation se ressent immédiatement sur le Cep, cette finesse de pilotage est essentielle.
En pratique, l’installation d’une régulation avancée peut réduire de 10 à 20 % les consommations de chauffage au gaz sans travaux lourds sur la production. Pour un parc tertiaire important, ces gains se traduisent rapidement par plusieurs milliers d’euros économisés par an, tout en facilitant l’obtention – ou le maintien – d’une étiquette énergétique A ou B au DPE. C’est pourquoi, avant même de changer de générateur, il est souvent pertinent d’investir dans une régulation performante adaptée à un fonctionnement BBC.
Dimensionnement et calculs thermodynamiques pour bureaux BBC
Un système de chauffage au gaz naturel, même très performant sur le papier, peut se révéler peu compatible avec les objectifs BBC s’il est mal dimensionné. Dans les bâtiments basse consommation, les puissances nécessaires sont nettement plus faibles que dans les immeubles anciens ; conserver les anciennes habitudes de surdimensionnement conduit à des rendements dégradés, des cycles courts et des inconforts. D’où l’importance de s’appuyer sur des méthodes de calcul rigoureuses pour définir la puissance calorifique réellement utile.
Méthode de calcul des déperditions selon NF EN 12831
La norme NF EN 12831 définit la méthode de calcul des déperditions thermiques de chauffage des bâtiments. Elle prend en compte les surfaces et les caractéristiques des parois, les ponts thermiques, la ventilation, ainsi que les conditions climatiques de référence. Pour un bureau BBC, l’application rigoureuse de cette norme aboutit à des puissances installées souvent deux à trois fois inférieures à celles des bâtiments des années 1980–1990 de même surface.
Concrètement, l’ingénieur thermicien calcule les déperditions pièce par pièce, en intégrant les coefficients de transmission thermique U, les infiltrations résiduelles et les températures intérieures de consigne. Il en résulte une puissance de chauffage nécessaire à la température extérieure de base (par exemple –7 °C en zone H1). Dans un projet BBC, il est fréquent d’ajouter une marge de sécurité réduite (10–15 % au lieu de 30–40 % auparavant), car l’incertitude sur les déperditions est moindre grâce à la qualité de l’enveloppe et au test d’étanchéité à l’air.
Pour vous, cela signifie que la chaudière gaz, ou la PAC hybride, sera souvent d’une puissance plus faible que prévu, ce qui réduit l’investissement initial et améliore le rendement saisonnier. La norme NF EN 12831 est ainsi un outil clé pour démontrer, chiffres à l’appui, que le gaz naturel peut rester adapté aux bureaux BBC à condition d’être exploité à la bonne échelle.
Coefficients de transmission thermique U des parois BBC
Les coefficients de transmission thermique U des parois (murs, toitures, planchers, vitrages) déterminent directement les déperditions du bâtiment. Dans un immeuble de bureaux BBC, on vise généralement des valeurs de U comprises entre 0,15 et 0,25 W/m².K pour les toitures, 0,20 à 0,35 W/m².K pour les murs et 1,0 à 1,3 W/m².K pour les vitrages performants. Ces niveaux d’isolation, bien plus élevés que ceux des bâtiments standards, expliquent pourquoi les besoins de chauffage chutent drastiquement.
On peut comparer l’enveloppe du bâtiment à une “thermos” : plus les parois sont isolées et étanches, moins il est nécessaire d’apporter de chaleur pour maintenir une température confortable. Dans ce contexte, un générateur gaz surdimensionné serait l’équivalent d’un chauffage de piscine pour une simple baignoire : coûteux, inutilement puissant et peu précis. C’est pourquoi la connaissance précise des U de chaque paroi est indispensable pour dimensionner correctement la puissance de chauffage.
Les labels BBC et Effinergie imposent des niveaux de performance minimaux sur ces parois, mais aller au-delà de ces minima peut s’avérer très intéressant si vous souhaitez réduire la taille de la chaufferie gaz, voire vous rapprocher d’un fonctionnement d’appoint en complément de solutions renouvelables. Plus l’enveloppe est performante, plus le rôle du gaz se recentre sur la flexibilité et la sécurité plutôt que sur la fourniture de l’essentiel des kWh de chauffage.
Puissance calorifique nécessaire par m² en bureaux basse consommation
Dans un immeuble de bureaux “classique”, on retenait volontiers une puissance de 70 à 100 W/m² pour dimensionner le chauffage. En bureaux BBC, ce repère ne tient plus : selon la zone climatique et le niveau d’isolation, la puissance unitaire descend fréquemment entre 20 et 40 W/m², parfois moins dans les bâtiments quasi passifs. Cela change profondément la manière d’aborder le chauffage au gaz naturel.
Pour un plateau de bureaux de 1 000 m² en zone H2, correctement isolé avec des U performants et une bonne étanchéité à l’air, la puissance de chauffage peut ainsi se situer autour de 30 kW seulement. Une petite chaudière à condensation modulante ou une PAC hybride suffisent alors largement, à condition que la distribution de chaleur soit bien pensée. Cette réduction de puissance est un levier majeur pour maintenir la compatibilité du gaz avec les objectifs BBC : moins de puissance installée, c’est moins de consommation potentielle et un meilleur rendement.
Il est donc essentiel de ne pas dimensionner “à l’ancienne”, sous peine de ruiner les efforts consentis sur l’enveloppe. En tant que maître d’ouvrage, n’hésitez pas à demander à votre bureau d’études des justifications détaillées des puissances retenues, basées sur NF EN 12831 et non sur de simples ratios empiriques. Cela vous permettra de sécuriser le Cep et les émissions de CO2 sur la durée de vie du bâtiment.
Systèmes de distribution hydraulique monotube et bitube
Le choix du réseau de distribution hydraulique a lui aussi un impact sur la performance globale. Les systèmes monotube, encore présents dans certains immeubles anciens, sont moins adaptés aux exigences de régulation fine des bureaux BBC : la température de l’eau diminue au fil des émetteurs, ce qui complique l’équilibrage et limite les possibilités de régulation pièce par pièce. À l’inverse, un réseau bitube (aller/retour) permet une alimentation plus homogène de chaque radiateur ou ventilo-convecteur.
Dans un bâtiment basse consommation, où la puissance par bureau est faible et les besoins très variables selon l’orientation, la finesse de régulation offerte par un réseau bitube est un atout majeur. Elle permet d’exploiter pleinement les capacités de condensation de la chaudière gaz, grâce à des températures de retour basses, et d’éviter les surchauffes locales. On peut voir le réseau bitube comme un “système circulatoire” bien organisé, où chaque organe reçoit juste ce dont il a besoin, sans gaspillage.
En rénovation BBC, il est parfois envisageable de conserver un réseau monotube existant en y intégrant des solutions d’équilibrage et de régulation avancées, mais le potentiel de performance restera limité. Pour un projet neuf de bureaux BBC, la conception d’un réseau bitube basse température, voire d’un plancher chauffant dans certaines zones, reste la référence pour tirer le meilleur parti d’une production au gaz naturel à condensation ou hybride.
Solutions alternatives et comparatifs énergétiques
Face à la montée en puissance des énergies renouvelables et des pompes à chaleur électriques, le chauffage au gaz naturel doit se positionner clairement : dans quels cas reste-t-il pertinent pour des bureaux BBC, et quand vaut-il mieux se tourner vers une autre solution ? La réponse tient autant aux contraintes techniques du bâtiment qu’au contexte économique et réglementaire local (présence d’un réseau de chaleur, coûts de l’électricité et du gaz, accès au bois ou au solaire, etc.).
On peut schématiquement comparer quatre grandes familles de solutions pour des bureaux basse consommation : chauffage tout-électrique par pompes à chaleur, chauffage au gaz naturel (condensation ou hybride), raccordement à un réseau de chaleur urbain, et solutions biomasse (chaudières bois ou granulés). Chacune présente des avantages et des limites en termes de coût d’investissement, de coût d’exploitation, de complexité de maintenance et d’empreinte carbone. Dans un grand nombre de cas, le gaz conserve un intérêt dès lors qu’il est intégré dans une logique d’hybridation ou de cogénération.
| Solution | Investissement | Coût d’exploitation | Complexité | Empreinte carbone |
|---|---|---|---|---|
| PAC tout-électrique | ★★☆ | ★★★ | ★★☆ | ★★★ (si élec décarbonée) |
| Gaz condensation / hybride | ★★★ | ★★☆ | ★★☆ | ★★☆ (améliorable avec gaz vert) |
| Réseau de chaleur | ★★☆ | ★★★ | ★★★ | ★★★ (si réseau ENR/REC) |
| Biomasse (bois/granulés) | ★☆☆ | ★★★ | ★☆☆ | ★★★ |
Dans les zones où un réseau de chaleur urbain classé est disponible, la réglementation impose d’ailleurs souvent le raccordement au-dessus d’un certain seuil de puissance, ce qui limite de facto le recours au gaz naturel pour les gros immeubles tertiaires. En revanche, pour des bureaux de taille moyenne non concernés par cette obligation, la solution gaz condensation ou hybride permet de rester compétitif tout en respectant les seuils BBC, à condition de bien traiter l’enveloppe et la régulation.
On pourrait résumer ainsi : plus le bâtiment est performant et plus les puissances sont faibles, plus le gaz doit être pensé comme une pièce d’un puzzle énergétique global, et non comme l’unique réponse. Dans certains cas, la meilleure stratégie consiste à associer une pompe à chaleur principale, un appoint gaz, des panneaux solaires thermiques ou photovoltaïques et une gestion technique du bâtiment avancée. Cette approche “système” est la plus à même de concilier confort, coûts maîtrisés et conformité aux exigences BBC et RE 2020.
Réglementation environnementale RE 2020 et transition énergétique
La RE 2020 marque une étape supplémentaire par rapport à la RT 2012 en élargissant l’analyse au cycle de vie du bâtiment et en renforçant les objectifs de réduction des émissions de carbone. Pour les bureaux neufs, cela se traduit par une pression accrue sur les solutions fortement émettrices de CO2, en particulier les chauffages fossiles. Le gaz naturel n’est pas interdit, mais son utilisation doit désormais être fortement optimisée et, de plus en plus, complétée par des énergies renouvelables ou du gaz vert.
Les indicateurs comme le Bbio, le Cep,nr (consommation d’énergie primaire non renouvelable) et surtout l’indicateur carbone Icénergie deviennent centraux dans le dimensionnement des systèmes. Un chauffage au gaz naturel, même très performant, pèse davantage sur le bilan CO2 qu’une pompe à chaleur alimentée par une électricité majoritairement décarbonée. C’est pourquoi la RE 2020 incite fortement à limiter la part de gaz à un rôle d’appoint ou à l’associer à des contrats de fourniture de biométhane certifié.
Dans ce contexte de transition énergétique, les bureaux BBC équipés de chaudières gaz à condensation ou de solutions hybrides ont encore une carte à jouer, surtout en rénovation, où le remplacement complet des systèmes est parfois difficile et coûteux. La clé sera d’anticiper : améliorer l’enveloppe, intégrer des régulations intelligentes, préparer l’hybridation avec des PAC et planifier à terme une montée en puissance du gaz vert. En procédant par étapes, vous pouvez conserver la fiabilité et la souplesse du gaz tout en alignant progressivement votre bâtiment tertiaire sur les trajectoires de neutralité carbone fixées à l’horizon 2050.